Ravissement

Création 2020

Vanessa Bonnet

Sarah Foster, fille de William Foster, PDG d’un influent groupe médiatique, est brutalement enlevée par des révolutionnaires. Cette organisation, composée uniquement de femmes et jusqu’alors méconnue, se fait appeler l’ALF, l’Armée de Libération Féministe et revendique l’abolition du système blantriarcal *. Très vite, les ravisseuses vont exiger une rançon au père de Sarah et profiter de son pouvoir médiatique pour étendre leur lutte. Sarah, objet du chantage, va devenir, malgré elle, l’entremetteuse de négociations qui vont semer le désordre dans tout le pays.
Alors que d’un côté, l’ALF peine à obtenir gain de cause, de l’autre la famille Foster, aidée de la police, patine. Et c’est au milieu de cette confusion générale que la jeune Sarah, décide de rejoindre la lutte et d’épouser la cause de l’ALF. Tournant le dos à ses origines, elle devient l’opposante la plus embarrassante et la plus recherchée du pays.

Ravissement puise son inspiration de l’enlèvement de Patricia Hearst, petite fille de William Randolph Hearst, l’inventeur de la presse à sensation, connu pour avoir inspiré à Orson Welles, Charles Foster Kane, personnage mythique du film Citizen Kane. De cette filiation imaginaire est née, Sarah Foster, jeune femme aussi énigmatique que fascinante, tiraillée entre une éducation conformiste et un désir de révolte.

* blantriarcat, néologisme formé des mots « blanc » et « patriarcat » qui désigne un système de domination capitaliste et suprématiste, celui du règne de l’homme blanc, bourgeois.

 

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« Au théâtre nous donnons à entendre la voix des autres, la part différente qu’une société a tendance à mettre à la marge ou à occulter. Au tribunal qui a jugé Patricia Hearst, des experts en tous genres ont énoncé leurs analyses plus ou moins hasardeuses quant aux raisons, toujours extérieures, qui ont poussé la jeune héritière à agir de la sorte. Il s’agissait moins de sauver Patricia, qui s’en tira à moindres coûts, que d’étouffer la violente critique sociale exprimée par cette révolte.On le sait, le refoulé refait toujours surface. Les mouvements de résistance qui furent enterrés par l’avènement du néolibéralisme reviennent aujourd’hui nous hanter sous les traits de nos révoltes contemporaines. Avec Ravissement, je souhaite donc convoquer ces voix et ces questions passées sous silence.
Voix de femmes d’abord. L’image de Patricia Hearst, jeune fille à l’allure naïve et innocente, destinée à des schémas matrimoniaux où toute indépendance est exclue, n’est pas étrangère à la dépossession dont elle a été victime. C’est pourquoi j’ai choisi de lui donner la parole en l’incluant au sein d’un mouvement féministe révolutionnaire. Les événements, devenus contemporains dans l’histoire qui nous occupe, sont provoqués par les combattantes de l’ALF qui revendiquent la fin de toute oppression, capitaliste, raciste et patriarcale. Au sein de cette organisation sont professés des principes fondamentaux d’émancipation et de liberté, avec leurs inévitables conséquences morales et politiques. Chaque guerrière se fait ici le relais de différents aspects du discours féministe. Parmi elles, Sarah Foster est l’objet-enjeu passif du drame qui se noue autour d’elle. Au fur et à mesure de l’intrigue sa présence catalyse les passions, et redistribue les cartes d’une lutte qui ne devait pas lui appartenir. Jusqu’aux trahisons finales…
Voix des médias ensuite. Les péripéties de Patricia Hearst avaient tenu en haleine une Amérique avide de scandales, trop ennuyée par sa propre réussite économique. La même excitation habite aujourd’hui les dépêches de notre infotainment quotidien. Dans Ravissement, les tentacules des live medias, chaînes en continu ou flux d’information, composent le paysage toujours mouvant d’un huis-clos devenu road-movie, d’un intérieur constamment colonisé par la présence du dehors. Le plateau se veut à la fois planque invisible aux radars de la police, et ring où se confrontent les stratégies de communication et de propagande. Et au milieu de ce tumulte, Sarah, dont les motivations profondes resteront muettes et impénétrables.
Ravissement est une fable cynique – sans être désespérée – sur les mécanismes de survivance du système capitaliste. Anarchie faisait le constat amer d’une nature humaine qui a besoin du temps long pour bâtir une alternative. Ravissement interroge le paradigme du renversement, qui dans son échec renouvelle ce qu’il pensait abattre. » Vanessa Bonnet
Distribution et production

Texte et mise en scène | Vanessa Bonnet
Librement inspiré de l’histoire de Patricia Hearst
Comédiennes |  Vinciane Amilhon, Pénélope Avril, Vanessa Bonnet, Lucie Digout, Annabelle Lengronne
Collaboration artistique | Alessandro de Pascale-Kriloff
Scénographie | Vanessa Bonnet
Costume | Charlotte Gillard
Lumière | En cours
Son et vidéo | Maël Pinard
Administration, production, diffusion |Karine Bellanger et Chloé Ferrand | Bora Bora productions

Production | Last Lunch

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