Création 2025
Audrey Bodiguel - La Veine« Lors d’une précédente pièce je me suis intéressée aux célébrations mortuaires. C’est là qu’on m’a parlé d’humusation, un processus de transformation du corps d’un.e défunt.e en « compost » à l’aide de micro-organismes. Ce procédé est interdit en France. Naît alors en moi, la conviction que si les humain.e.s n’acceptent pas ce type de processus, qui met notre corps à égalité du monde alors il me semble difficile d’aller au bout d’une pensée philosophique et écologique contemporaine qui nous remet à nos places de vivant.e.s au milieu du vivant, en toute horizontalité.
En m’intéressant au monde funéraire, je me suis rendu compte du peu d’informations et du tabou qu’il règne autour du sujet. Beaucoup de choses sont possibles, et notamment une ré-appropriation de la cérémonie, sans que la plupart des gens n’en soit au courant. Nous sommes souvent devant le fait accompli, avec la volonté d’en finir avec certaines démarches matérielles. Or, si nous nous défaisons de rituels passés, alors que ré-inventons-nous pour honorer et faire une place à nos morts ?
Du cercueil personnalisé au Ghana, en passant par Auctus vitae, l’application française qui partage des photos et des sons en lien avec la personne décédée via des QR codes sur les tombes, il y a une inventivité bien présente. Pour moi, cette capacité de création révèle un lien entre spectacle et célébration.
Ici, je me permets de fabuler sur mes funérailles. Un hommage à moi-même, mais à côté de la plaque. Evoquer la mort en étant pleine de vie. Me surexposer puis finir en compost. Me mettre au centre pour mieux disparaître. Incarner ce qui se désincarne. Je questionne cette posture propre à l’humain, qui jusqu’au bout de sa vie, ne se prend pas pour un animal comme les autres. CARNE, (prononcez CARNEU), c’est la chair, la viande, exemple : « vieille carne ». En tant que danseuse et chorégraphe, je me pose la question : que va devenir mon corps ?
En Corée, des entreprises vous proposent de « vivre » vos fausses funérailles, afin de s’inventer un « après », une sorte de « renaissance ». Avec CARNE, j’invente une cérémonie ultra-personnalisée, poussée jusqu’au « bling-bling », avec une figure ultra-présente, presque immortelle. Liberace et ses strass de la Las Vegas sont une des inspirations. Cercueil tunning, écran intégré, bar à cocktail intégré ou encore madison/flash mob d’adieu. Tenter de contrôler jusqu’à sa propre mort, figer une image de soi et transmettre au public en présence ses dernières volontés, comme les exécuteurs testamentaires. Je pars de cet extrême qui m’évoque un monde, pour aller jusqu’à la polarité inverse : finir en compost, se soumettre à l’incontrôlable et à la matière organique en mouvement. Par ce prisme, CARNE évoque la fin d’un monde, d’une pensée et son effondrement. Comment apprendre à redevenir mortels et comment nous réconcilier avec notre impermanence : CARNE dans sa dramaturgie, suit ce processus, strate après strate.
Accepter de perdre de sa superbe et que quelque chose s’effondre, pour accéder à ce qu’est notre corps réellement : un organisme vivant, en perpétuel mouvement. Alors la mort devient vie et le cycle pose la question inverse : n’est-pas le personnage « bling bling » du début qui semble mort et l’absence de la fin qui nous laisse un souvenir vivant ? »
Audrey Bodiguel
PRESSE
Carne : mourir sur scène, devant les projecteurs / Cédric Chaory – 16 janvier 2026
EXTRAIT : » (…) Avec CARNE, Audrey Bodiguel fabule ses propres funérailles pour mieux interroger notre rapport à la finitude, à l’artifice, à cette obsession humaine de vouloir contrôler jusqu’à sa disparition. De la diva bling-bling au compost interdit, de l’hyper-présence à l’effacement organique, la pièce suit un effondrement par strates. Elle pose une question simple, presque indécente : et si le personnage du début était déjà mort, tandis que l’absence finale nous laissait, paradoxalement, une trace vivante ?
Dans ce monde qui s’acharne à célébrer ses ruines, CARNE ressemble à un hommage déplacé — à soi-même, à nos rituels, à notre incapacité chronique à accepter l’impermanence. Et c’est précisément là que réside sa troublante honnêteté. »
Durée : 1h10
Créée le 15 janvier 2025 au Théâtre Onyx dans le cadre du festival Trajectoires.
Conception et interprétation | Audrey Bodiguel
Installation vivante et costumes | Sophie Cardin
Eclairage des corps, des espaces et des autres possibles | Juliette Gutin
Composition univers sonore | Aude Rabillon
Dramaturgie | Jean-Philippe Derail
Accompagnement des voix | Mélanie Moussay
Développement, production et allô artistes | Charles-Eric Besnier-Mérand
Production et plus car affinités | Marion Valentine
Production | La Veine
Coproductions | Musique et danse en Loire-Atlantique ; Onyx, Théâtre de Saint-Herblain; TU-Nantes, scène conventionnée; Mixt, Terrain d’arts en Loire-Atlantique, Nantes ; CCN de Nantes; Théâtre de Vanves.
Soutiens et résidences | Bain public, Saint-Nazaire; Nouveau Studio Théâtre, Nantes ; Le Triangle, cité de la danse, Rennes ; CNDC, Angers ; Bora Bora productions, Nantes ; le Collectif FAIR-E / CCNRB, Rennes.
Soutenu également dans le cadre du dispositif Itinéraire d’artistes : Libre Usine, Nantes; Pad – cie Loba, Angers ; La Fonderie, Le Mans
Avec les aides à la recherche et à la maquette du Département de Loire-Atlantique, les aides à la maquette et à la création de la Ville de Nantes, l’aide à la création de la Ville de Saint-Herblain.
Avec le soutien de Qui Vive ! – Artistes et lieux culturels de la métropole nantaise jouent la solidarité

12 oct 24
[Performance] Décadanse @ Théâtre de Vanves
18 oct 24
[Performance] Sortie de bain @ Bain public, Saint Nazaire
21 janv 25 - 19h
[Maquette] Festival Trajectoires @ ONYX, Saint Herblain
15 & 16 Janv 26
Création @ Festival Trajectoires / Théâtre Onyx, Saint-Herblain
17 mars 26
Artdanthé @ Théâtre de Vanves
1er octobre 26
Mixt - Terrain d'arts en Loire-Atlantique, Nantes - en coréalisation avec TU-Nantes