ZOO

PETIT ÉLOGE DE L’IMPERFECTION
Théâtre performatif. Histoires en tout genre. Faux chevaux. Vrais robots.

L’histoire de ZOO s’articule autour d’un lieu. Un joli lac dans les montagnes au dessus de Grenoble.
Elle est racontée par une jeune femme dont on ne saura pas grand chose, une jeune femme qui travaille, en plus de ses études, comme Turkeuse. C’est le terme employé pour parler des gens qui alimente les intelligences artificielles. Elles sont chargées de vérifier leurs données pour les rendre plus performantes. Ses tâches consistent par exemple à entourer des images en fonction d’une légende ou à écouter des micro-extraits de conversations enregistrées par les assistants vocaux pour s’assurer de la bonne compréhension du robot.
Ce ne sont que de micro-conversations pour garantir l’anonymat des propriétaires. Seulement, cette jeune femme a vu passer et a reconnu une personne : Jean-jean. C’est quelque chose qui n’aurait pas dû arriver. Elle l’a cherché sur internet, elle a piraté sa boite mail, son ordinateur et son assistant personnel, Perdro. Depuis, elle remplace par moments le robot dans ses conversations. Quand elle s’ennuie, elle se branche sur Pedro, discute avec Jean-jean, le regarde vivre.
À distance, comme un fantôme, elle va être la témoin de la rencontre entre Jean-jean et deux autres personnes : Gioia, lieutenant de l’armée qui souffre de dyscalculie et Grégoire, ingénieur télécom qui a les nerfs emmêlés.
C’est un éboulement dans la montagne qui va les faire se rencontrer.
Trois personnes qui se croisent et qui n’auraient pas du se rencontrer.
Comme trois allégories un peu fatiguées qui représentent trois des qualités de l’intelligence humaine mises à rude épreuve par le récit de la modernité numérique: La sociabilité, la rapidité et la constance.

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+ Création à l’Atelier 210 | Retours presse 

KLEIN

La conférence à la Sorbonne donné par Yves Klein en 1959 et le texte rédigé peu avant : Le dépassement de la problématique de l’art, sont le point de départ du projet.
Artiste visionnaire de la deuxième partie du 20e siècle, Yves Klein nous fait rentrer dans l’ère de l’espace et de l’immatériel. De ce point de vue, Klein, est un précurseur. « Le saut dans le vide », est la photo mère de toutes les performances postérieures, c’est la matrice de l’art conceptuel.

Pour Olivia Grandville, ces textes constituent une suite évidente à son travail sur le Lettrisme. Délirants, visionnaires et drôles, ils restent méconnus, et développent avec virtuosité le concept d’immatérialité de l’art en opposition au matérialisme ambiant , en imaginant une grande école de la sensibilité dont l’artiste propose un organigramme, un calendrier, un budget…

Auteur « Des fondements du Judo » un manuel d’une précision maniaque qui fait encore aujourd’hui autorité, Klein est simultanément artiste conceptuel et grand maître de Judo !

La rareté de cette double compétence en même temps que sa cohérence avec l’œuvre de l’artiste mérite d’être soulignée !

Olivia Grandville invitera donc deux judokas à rythmer de leurs figures graphiques et brutalement sonores le monologue de l’acteur/conférencier au service de la pensée virevoltante de Klein.

Grès (tentative de sédimentation)

L’histoire d’une transformation

A la base il y a un mouvement. Un double mouvement. Social et intime. Il y a mon envie de parler de ce mouvement qui a dépassé, voire débordé une bonne partie de ce que la « gauche » pensait encore possible en matière de mouvement social. Il y a ce mouvement des sans-parts, des sans-représentations. Peut-être aussi ce mouvement des classes moyennes et des délaissé·e·s Ce mouvement dans lequel j’y reconnais mes voisin·ne·s, mes camarades d’école, ma famille. Une colère familière. Depuis longtemps j’écris sur les luttes, sur des sujets qui m’animent politiquement, sur les mouvements sociaux, sur nos intimités traversées par la société dans laquelle nous vivons. Une société où l’on nous parle de fin du monde. Car bien évidemment, il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. J’écris d’abord pour moi. L’écriture m’explique le monde. Ce que je n’y comprends pas. Ce que je n’arrive pas à y lire. L’écriture m’explique mes incompréhensions, mes contradictions voire mes paradoxes. Et parce que lecteur d’essais sociologiques, historiques et politiques, je pense l’écriture dramatique comme un mouvement historique. Partir à la source, autopsier le présent par l’Histoire. Comprendre l’avenir en auscultant le passé. J’écris une trajectoire. Celle d’un vigile de centre commercial devenu manifestant. Quelques questions sous-tendent cet écrit : Comment se transforme l’humiliation en colère ? Comment se produit l’instant décisif ? Lorsqu’un corps décide de passer à l’action, de monter dans un bus pour lancer des pavés à la capitale. Grès est le récit d’une voix. Celle-ci se raconte, nous raconte. Sa trajectoire. De son travail, à sa voiture, les ronds-points, la nationale, la maison, les repas avec sa moitié et ses enfants …Grès est l’histoire d’une tentative de sédimentation. De tous ces petits bouts d’incompréhension, de rage sourde, qui forment à l’intérieur de l’estomac une pierre dure et solide. Grès est l’histoire de cette pierre. De cette pierre sortie du ventre du ressentiment.

Nous vaincrons les maléfices

« Ces gens viennent ici pour avoir l’impression d’être quelque part. Tout le monde est à la recherche d’une réponse là où il n’y en a pas… »

Sous le signe d’un monument de la contre-culture américaine des années 60, qui marque à la fois l’apogée et le déclin du Flower power, Olivia Grandville engage une exploration de Woodstock et de ce que ce rassemblement extraordinaire a laissé dans nos imaginaires.
Dans son documentaire, Woodstock ­– Trois jours de musiques et de paix (USA ; 1970), Michael Wadleight, filme au plus près le bonheur d’une jeunesse américaine chevelue et pas encore rentrée dans le rang, à la croisée des chemins, crépuscule d’un monde et aube d’une nouvelle décennie accueillie au son mythique de tout ce que l’époque compte d’étoiles des musiques folks, souls, et rock psychédélique.
Cette création s’appuie sur une recherche de préalable développée sur la saison 2018/2019, grâce aux invitations concomitantes d’acteurs culturels sur trois villes : le Théâtre Auditorium de Poitiers et de la compagnie universitaire pour une création dans le cadre du festival A Corps ; une collaboration à Montpellier entre ICI-CCN, le Théâtre de la Vignette et l’université de Montpellier III ; le Centre National de la Danse dans le cadre d’ateliers ouverts aux professionnels, puis du festival Camping à Paris et à Lyon.
L’ensemble du travail a conduit à une création universitaire intitulée Nous vaincrons les maléfices présentée à Poitiers le 10 avril 2019. Mais il a surtout permis de faire émerger des matériaux saillants de ce qui lie le festival mythique autant qu’utopique, ses musiques emblématiques à notre époque où s’interrogent les relations interpersonnelles, l’héritage et l’avenir, le sens du collectif… et comment tout cela se donne une forme originale dans les rassemblements festifs et cathartiques.

Si cette première saison de recherche s’est naturellement nourrie du film Woodstock – Trois jours de musiques et de paix (USA ; 1970), de Michael Wadleight, elle a également invité un enseignant-chercheur – Claude Chastagner, Université de Montpellier III – ainsi que les étudiants de Poitiers au témoignage, à leur participation dans l’écriture, à confronter les récits de deux époques aujourd’hui distantes de soixante années de libéralisme et de désenchantement.

Prolongement de ce dialogue entre les époques, de cet échange intergénérationnel, Olivia Grandville renouvelle l’expérience avec une édition nantaise de Nous vaincrons les maléfices. Conjointement porté par le lieu unique et le TU-Nantes, Théâtre universitaire, elle convie à nouveau de jeunes adultes, âgés de 18 à 30 ans pour s’interroger avec eux :

Un demi-siècle plus tard, que reste-t-il de cette expérience dionysiaque, de cette vitalité échevelée et de ce moment emblématique ?

Débandade (No women no cry)

« J’aimerais que Débandade se situe quelque part entre la comédie musicale, le micro-trottoir, le stand-up et le rituel d’exorcisme.« 

En 2019, à l’invitation du TAP à Poitiers, du CND de Paris et du CCN de Montpellier, j’ai eu l’occasion de travailler avec plusieurs groupes d’étudiants de 18 à 25 ans.  La pièce – Nous vaincrons les maléfices – qui est née de ce travail se retourne vers les utopies des années 70 avec les yeux de la jeunesse d’aujourd’hui, marquée par la menace de l’effondrement écologique.
Le point de départ en est le documentaire de Michael Wadleight: 3 jours de paix et de musique, consacré au mythique rassemblement de Woodstock. En surimpression de la bande-son, qui tient le rôle de fil rouge dramaturgique, les prises de paroles des étudiants répondent à celles, souvent lucides, de leurs aînés quant aux dérives d’une société capitaliste qu’ils allaient pourtant largement contribuer à valider.
Cette expérience éclairante a renforcé ma curiosité envers cette génération née avec le siècle et qui le questionne si bien ; elle a aussi jeté les bases d’un processus que j’aimerais poursuivre ici.

Pourquoi une pièce d’hommes ? D’autant plus s’il s’agit de questionner un régime d’assignation largement remis en cause aujourd’hui ?
En rencontrant tout ce panel de jeunes danseurs d’origines culturelles très diverses et en travaillant avec eux, m’est apparu au travers d’une fluidité des genres pleinement incorporée, une multiplicité et une complexité de points de vue, incarnés dans les corps eux même, que j’ai eu envie de questionner.
J’ai tenté, très timidement d’abord, de les interroger sur la manière dont ils vivent leur masculinité aujourd’hui. Spécifiquement en tant que danseurs contemporains, partageant un milieu commun, depuis des expériences géographiquement et culturellement très éloignées.
La réaction a été immédiate, révélant un manque et un besoin réel de poser des mots sur ce trouble dans le genre, qui tous les occupent à des échelles et selon des point de vues parfois diamétralement opposés.
En un mot, dans un contexte de résurgence d’un féminisme salutaire mais très offensif, j’ai eu envie de leur demander « comment ils allaient ». Car non, je ne crois pas que la question soit simple et simplement résolue par des positions politiquement correctes, comme aucune de celles qui questionnent les représentations du pouvoir, sachant que c’est toujours bien lui, le pouvoir et les monstres qu’il engendre, qui sont à questionner.
Est né alors ce projet d’une pièce exclusivement masculine. Une pièce d’hommes pensée par une femme, une pièce transgénérationnelle, une pièce qui parlerait au féminin depuis des points de vue et des ressentis masculins.

No Women no cry (2022) – Olivia Grandville

La Guerre des pauvres

Adaptation du texte d’Eric Vuillard

La Guerre des pauvres d’Eric Vuillard raconte dans un élan fiévreux la révolte de la paysannerie allemande entre 1524 et 1526, récit effréné d’un ras-le-bol, d’une colère, d’une radicalisation et d’une marche à l’abîme, qui s’achèvera dans le sang.  C’est au comédien Laurent Poitrenaux  qu’Olivia Grandville  demande de porter ce texte fulgurant qui concentre en une soixantaine de pages le souffle de l’épopée. Sa seule présence induit quelque chose de l’incarnation du texte par le corps. Dès lors, sur l’écriture pleine d’implicites de Vuillard, qui sans rien nommer, traverse les couches temporelles pour interpeller le présent, s’organisent par plans successifs les paysages sonores et anachroniques de Villeneuve et Morando, les méditations mécaniques et plastiques de Denis Mariotte et les incantations éphémères des danseurs Martin Gìl et Eric Nebie.

Si le soulèvement est une flambée forcément fugace, l’éruption d’une forme destinée à se défaire, à céder à la gravité, il n’en reste pas moins l’élan vital nécessaire à tout mouvement.

Monsieur le Député

Texte | Leonardo Sciascia
Traduction | Maurice Darmon

Texte autobiographique de Leonardo Sciascia, Monsieur le Député, nous plonge dans la Sicile des années 60 auprès d’un professeur passionné de littérature et grand lecteur de Don Quichotte.
Courtisé par deux émissaires du parti dominant, les Démocrates-Chrétiens, il accepte contre l’avis de son entourage de se présenter aux élections législatives.
Fin observateur d’une société rongée par la jalousie et les luttes de pouvoir, l’auteur sicilien met en scène la métamorphose sournoise d’un être vertueux dont la faculté de « savoir parler » le mènera malgré lui à devenir l’homme de tous les compromis, sacrifiant au passage sa culture, sa famille et sa dignité.

Monsieur le Député est le deuxième volet d’une trilogie autour de la relation entre théâtre et politique débutée avec La Mort de Danton de Büchner et qui se clôturera avec la pièce Coriolan de Shakespeare (création en novembre 2020).

La critique de Jean-Pierre Thibaudat

Mediapart • Jean-Pierre Thibaudat • 31 janvier 2020

La comparution (la hoggra)

Tout public à partir de 16 ans

Le deuil, la colère et la lutte pour la vérité et la justice: avec La comparution (La hoggra), Guillaume Cayet et Aurélia Lüscher abordent le problème des violences policières par la fresque familiale.

La vie de la famille Saïdi bascule un soir, lorsque Malik, l’un des fils, violemment interpellé par une brigade de police, meurt des suites de ses blessures. Dès lors, tout s’enchaîne: la justice se met en branle, la tension monte dans le quartier et le tourbillon médiatique s’abat sur les membres de la famille qui tentent, dans la tourmente, de garder la tête haute.
Dans cette fiction qui colle au plus près du réel – le sociologue Mathieu Rigouste a activement participé à l’écriture – Guillaume Cayet et Aurélia Lüscher placent la focale sur l’entourage des victimes de violences policières. Comment un événement dramatique fait-il bifurquer nos existences?
Au cœur de la réflexion de l’auteur et de la metteuse en scène, la question de la transformation se déploie dans la trajectoire des sept acteurs et actrices incarnant la famille Saïdi et ses proches, que l’on suit sur deux périodes, à cinq ans d’intervalle.
Portée par le rap de deux membres du groupe La Canaille présents au plateau, La comparution (حُوڤْرا) embarque sur les chemins sinueux de la résilience et de la résistance face au problème, plus que jamais d’actualité, des violences policières.

Neuf mouvements pour une cavale

Monologue itinérant autour du paysan Jérôme Laronze
Tout public à partir de 14 ans
Durée : 1h10

Le 20 mai 2017, veille de l’élection présidentielle, un gendarme tue Jérôme Laronze, 36 ans, éleveur d’une centaine de vaches à Trivy (Saône-et-Loire), au terme de neuf jours de cavale transformée en chasse à l’homme.
Cet événement croise la trajectoire d’écriture de Guillaume Cayet, qui a déjà consacré un texte au monde paysan avec Dernières pailles (Éditions Théâtrales, 2016). Après de nombreux échanges avec Jean-Paul Ozon, agriculteur bio auvergnat, et Marie-Pierre Laronze, sœur de Jérôme, Guillaume écrit un texte, sous la forme d’un monologue, où une sœur -possible Antigone contemporaine- réclame un procès pour son frère, dans une affaire policière risquant d’être classée en non-lieu. Un monologue en neuf mouvements, où il est question de colère, de normes agricoles, de violences policières, d’injustice, et de transformer le deuil en révolte.

Innocent.e.s

Un cours d’histoire dans un lycée. Un rendu de devoir sur table. Le sujet cette semaine porte sur les anciennes colonies françaises et Louise y a écrit une sorte de maxime: « Nous devrions déjà nous décoloniser avant de parler des anciennes colonies. Ne rien dire. Ne rien faire. C’est déjà un crime. ».
Un texte court d’une quarantaine de minutes, où deux comédien.ne.s côtoient Foccart, Mitterrand, Jean Jaurès. Où les questions liées à notre héritage colonial tutoient les violences policières et les pratiques contemporaines de répression.