Troisième volet de la trilogie consacrée aux questions liées à la mort, Les Sanctuaires explore la notion d’héritage : comment nous préparons-nous à disparaître, ce que nous transmettons — consciemment ou non — et de quel fantôme choisissons-nous de doter les vivant·es.
Pour interroger cette préparation et cette passation, nous réunirons une dizaine d’acteur·ices de générations éloignées : cinq appartenant à la génération de nos parents et cinq plus jeunes, âgé·es de 25 à 50 ans. Nous formerons cinq binômes intergénérationnels, chacun composé d’un·e acteur·ice plus âgé·e et d’un·e plus jeune. Chaque duo travaillera autour de la transmission — artistique, sensible et symbolique — comme un passage de relais.
Aux interprètes plus âgé·es, nous poserons une question simple : quel rôle, quel texte, quel·le auteur·ice avez-vous toujours rêvé d’interpréter sans jamais en avoir eu l’occasion ? Quel est votre rêve de théâtre ? À partir de ces désirs, enfouis ou encore brûlants, se construira une dramaturgie de plateau mêlant héritage culturel et intime. Il s’agira de rejouer ces rêves, d’observer les écarts et les continuités entre générations, et de créer ensemble malgré des vocabulaires, des références et des pratiques parfois dissemblables.
Le spectacle prendra la forme d’une performance où la mémoire devient matière vivante : comment être au plateau lorsque la mémoire vacille ? Comment cohabiter avec cette fragilité ? Comment transmettre autrement que par le texte appris — par le souffle, l’adresse, la présence ?
Après Jeune Mort qui s’intéressait à la radicalisation d’un jeune homme à l’extrême-droite, Métaboys fera le récit d’un très jeune garçon, Sacha, happé par les théories masculinistes qui se développent et se répandent sur les réseaux sociaux.
Métaboys, c’est la disparition de l’innocence et la découverte de la violence du monde. C’est ce que fabrique la contre-révolution réactionnaire dans la tête de nos mômes.
MétaBoys continuera le travail développé dans mes écrits depuis quelques années. Écrire ce qui nous arrive pour permettre de mieux le déjouer. Comprendre, non pas pour « excuser », mais pour prendre-avec-soi. Écrire au coeur de nos monstruosités si humaines pour tenter d’y trouver une porte de sortie.
Sur scène une actrice, Mathilde Weil, dans une combinaison ressemblant à celle de Réalité Virtuelle, interprète le personnage de Sacha. Le choix d’une femme pour interpréter ce rôle est voulu. La pensée masculiniste, tout comme toute autre pensée raciste et réactionnaire, n’est pas innée. C’est une construction. Dans Métaboys, nous suivrons la métamorphose de Sacha par le recours à la matière, à l’accumulation, à la transformation théâtrale afin de produire de l’écart dans nos représentations et tenter de répondre esthétiquement à cette question : Que sommes-nous à part des constructions à déconstruire ?
MétaBoys, un spectacle à l’adresse du tout public, mais avec une attention particulière pour le public adolescent.
The Democracy Project est le titre d’un essai de David Graeber, anthropologue, penseur anarchiste et figure du mouvement Occupy Wall Street. Face aux périls qui menacent aujourd’hui la démocratie, il affirme la nécessité de vivre comme si nous étions déjà libres : non en renversant la domination mais en cessant de la fabriquer, en concevant une révolution qui ne serait pas un Grand Soir mais une improvisation sans fin.
Partant de cette idée, La Phenomena invite trois musiciennes et musicien hors-norme à s’emparer d’une interview de Graeber pour une performance inclassable et hautement inflammable. À l’aube de leur carrière, ils se lancent à l’assaut de sa pensée, électrisant ses mots par la musique, interrogeant au miroir de ses luttes le sens de leurs parcours, leurs contradictions et leur place d’artistes dans la société.
En 2022, Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman est élu plus grand film de tous les temps par un collectif de 1639 critiques : un hommage tardif à une réalisatrice pour qui le cinéma était
un sport de combat.
À lʼimage dʼune nouvelle génération qui se reconnaît aujourdʼhui dans la liberté et la radicalité de son œuvre, Maëlle Dequiedt est tombée amoureuse de cette artiste qui porte le même prénom que sa mère. Il y a trois ans, elle emménage à Ménilmontant et découvre que Chantal Akerman a vécu dans un appartement juste au bout de sa rue. Cʼest à partir de là quʼelle se met à croire aux fantômes. Dans ce solo pour une actrice et VHS, la metteuse en scène imagine une enquête intime et passionnée, qui revisite son histoire personnelle au prisme de lʼœuvre dʼune éminente cinéaste.
Histoire de violence sociale, de vengeance et de fantômes, Hurlevent est le chef-d’œuvre absolu d’une autrice aux prises avec la morale de son temps. Maëlle Dequiedt enracine cette adaptation contemporaine au cœur de l’enfance et y déploie un théâtre incandescent, dans une lecture très personnelle du roman d’Emily Brontë.
S’inspirant autant de l’histoire d’amour orageuse entre Catherine et Heathcliff que de la vie d’Emily Brontë, le Hurlevent de Maëlle Dequiedt flirte avec l’absurde pour mettre à nu l’humanité profonde de ses personnages. Son écriture de plateau, nourrie par l’improvisation, réunit cinq interprètes à la physicalité intense. Les musiques électroniques live composées par Nadia Ratsimandresy, performeuse d’ondes Martenot, transfigurent tous ces paysages battus par le vent.
Dans cet échange, Yann Pellegrin et Jean Le Peltier explorent le décalage entre notre perception du monde et sa réalité complexe.
Là où la matière nous paraît l’expression du solide alors qu’elle est principalement faite de vide. Là où la chaleur du soleil provient de sa lumière. Là où on sait que le verre est fait avec du sable, mais qu’on aimerait quand bien un jour le voir pour de vrai.
À travers des expériences directes et des récits historiques, cette conversation expose le décalage entre les récits que nous nous faisons du réel et le réel lui-même. Elle interroge comment nos représentations — implicites, simplifiées ou indiscutées — viennent recouvrir la complexité invisible des choses les plus banales de notre existence. Une rencontre entre deux formes de compréhension : celle qui raconte et celle qui montre, entre la fausse clarté de nos habitudes mentales et la grandiose opacité de ce que nous ne voyons pas.
Construire un chez soi pour habiter, demeurer, rester, occuper, peupler, appartenir, résider, loger… Le nid, la maison, le foyer, est un espace vital primitif. Mais là où l’animal s’abrite, l’humain habite. Qu’est-ce que signifie habiter ? Construire un chez soi, un espace d’intimité et de sécurité qui délimite un dedans et un dehors ? Habiter son propre corps ? Peut-on construire sans détruire ?
Cette création reposera sur un processus concret d’une tentative de construction d’un « chez soi » sur scène. Avec ce qu’engage pour le corps et l’imaginaire la manipulation empirique des matériaux (matériaux lourds, salissants, friables, liquides…vivants) ainsi que les enjeux sociaux et politiques qu’impliquent la notion d’« habiter » en tant que besoin mais aussi privilège. Des premières cabanes de l’enfance, au rêve d’accès à la propriété dans un contexte de spéculation immobilière, cette proposition autour du geste de «construire » sera plastique, ludique, performative, métaphorique et politique. L’espace du plateau, un lieu d’expérimentation avec ce que cela contient de réussites et d’échecs.
L’envie de porter au plateau les gestes du « bâtir » est d’abord née de mon expérience récente d’une rénovation en solitaire. D’une part, parce que j’ai empiriquement éprouvé comment la dimension esthétique, chorégraphique et musicale, des différentes situations de chantier s’est révélée être cathartique et soutenante au sein du labeur. D’autre part parce que cette immersion au sein du monde masculin du BTP en tant que femme seule et cet accès inespéré à la propriété en tant qu’intermittente et précaire, m’ont convaincue de la dimension féministe et politique de l’acte de créer et d’investir un « chez soi » physique autant que symbolique.
» Lorsque j’étais adolescent, je dansais souvent dans l’intimité de ma chambre. Je me revois, la brosse à cheveux de ma sœur en guise de micro, me déchaîner sur mes morceaux favoris dans des playbacks frénétiques, porté par la clameur d’une foule imaginaire. J’adorais me donner l’illusion d’être une star du rock. Si nous sommes nombreux.ses à nous être adonné.e.s à cette pratique, je crois que pour ma part, elle est à l’origine de ma carrière de danseur. C’est peut-être pour cette raison que j’ai toujours nourri le fantasme de devenir célèbre.
Mais si des stars comme Mickael Jackson ou Beyoncé sont célébrées pour leur virtuosité chorégraphique, les danseur.euse.s issu.e.s de la danse contemporaine, même les plus illustres restent méconnu.e.s du grand public et ne suscitent pas l’hystérie collective réservée aux idoles de la pop. Merce Cunningham comme Pina Bausch pouvaient se promener tranquillement dans la rue, sans déclencher d’émeute…
Aujourd’hui, il est temps de me rendre à l’évidence, je ne serai jamais célèbre : “Elvis has left the building”. Et peut-être que c’est mieux comme ça.
Car si la célébrité fascine, elle peut se révéler dangereuse. Beaucoup s’y sont brûlé les ailes. Les stars ne sont pas aimées pour ce qu’elles sont, mais pour ce qu’elles incarnent. Leur corps devient un objet de convoitise, volé par les paparazzi, jugé, parfois même dépossédé lors d’émeutes ou de scandales. Prises dans le tourbillon d’une vie frénétique, aveuglées par l’argent et les privilèges, de nombreuses célébrités sont tombées dans l’enfer des paradis artificiels pour ne jamais s’en relever.
Avec ce nouveau projet, je souhaite partir de figures iconiques de la pop et du rock pour explorer les liens entre célébrité, corps et pratiques scéniques. J’imagine une comédie chorégraphique pour quatre interprètes, qui ne se privera pas de révéler l’envers du décor et de jouer avec les codes du spectacle.
Avec Elvis a quitté le bâtiment, je passe de questionnements personnels à des enjeux sociétaux très actuels: la célébrité, l’exposition médiatique et plus largement notre besoin de reconnaissance. Comment la société fabrique-t-elle ses idoles ? À quel prix ? Et que reste-t-il de l’artiste une fois le projecteur éteint ? »
Sylvain Riéjou
En s’emparant du texte de Sénèque, Œdipe, le metteur en scène François Orsoni poursuit son exploration des liens entre théâtre et politique et propose une nouvelle création autour du théâtre romain, un théâtre performatif, transversal et ludique. C’est aussi un théâtre hautement politique, Sénèque, le conseiller de l’empereur, exprime ici l’obscurantisme et la lumière qui rythment la vie politique de nos nations.
Œdipe a en genèse une dimension transnationale et totalement universelle : c’est un récit qui a déjà traversé les frontières. De la Grèce antique aux amphithéâtres romains – et sa réécriture par Sénèque – à sa migration au fil des siècles vers les cabinets psychanalytiques viennois, en passant par l’Italie de Pier Paolo Pasolini, cette histoire a déjà fait un grand voyage. Elle décrit les ravages du pouvoir et de la guerre, les conséquences désastreuses des décisions politiques et leurs conséquences sur les populations.
Œdipe sera une pièce théâtrale et musicale. Entouré d’interprètes et de musicien.nes de différentes nationalités, François Orsoni souhaite poursuivre ce voyage, ne pas limiter l’écho de ce mythe à une spécificité nationale, mais au contraire, à l’heure des nationalismes qui s’imposent, replacer cette histoire dans un contexte européen.