Je rentre dans le droit chemin (…)

Je rentre dans le droit chemin (qui comme tu le sais n’existe pas et qui par ailleurs n’est pas droit)


« Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature, et cet homme ce sera moi. »
Les Confessions, Jean Jacques Rousseau

Comme en diptyque de son premier solo Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver, Sylvain Riéjou poursuit son exploration vidéo-chorégraphique de l’acte de création en exposant sur le plateau les méandres de ses questionnements intimes.

Lorsqu’elle est publiée sur internet, la vidéo Clip pour Ste Geneviève (pourtant accueillie chaleureusement par le public, et notamment lors du concours Danse élargie) tombe sous le coup d’une interdiction pour « caractère pornographique ». Avec cette sanction débute une interrogation sur les paradoxes d’une représentation du corps dans la publicité, l’art ou sur scène.
C’est autour de la mise a nu que se développe cette nouvelle recherche de Sylvain Riejou, partant du rapport (dé)complexe/é du danseur avec son propre corps, et convoquant sa propre expérience de danseur. Sa nudité éclaire le geste artistique, parce que l’acte de création demande inéluctablement de se dévoiler et donc de se mettre « à poil ». La nudité est employée comme moyen privilégié de donner à voir un corps , dans toute sa vérité et dans son universalité, tentant de se jouer du parfum de scandale que suscite presque systématiquement sa révélation.

+ Dossier artistique

+ Entretien « La nudité n’a pas fini de parler d’elle » | Avec Wilson Le Personnic – Ma Culture

Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver

Sylvain Riéjou se croque le cerveau et en joue. Premier opus du danseur et vidéaste, ce One man show vidéo-chorégraphique partage avec panache et dérision les questionnements liés à la création.  Repris en 2019, il se reformule dans une version tout particulièrement appréciée des jeunes spectateurs.

 Pour nous emmener au large du poncif de l’artiste romantique ou torturé, autant en faire son port d’attache. Voici le postulat de la pièce de Sylvain Riéjou, qu’il donne à lire dès son titre.
Autodidacte depuis une dizaine d’années au montage vidéo, il l’explore ici comme un vecteur de composition chorégraphique.

Cette autofiction s’enrichit de la maturité de cette recherche personnelle, autant qu’elle emprunte à son enfance, danseur en herbe s’agitant seul dans sa chambre sur les clips de Prince, Madonna, Mylène Farmer ou Mickael Jackson. En effet, c’est une chanson de geste qui jalonne Mieux vaut partir…, à savoir des mouvements expressionnistes symbolisant les paroles. Ainsi, de trouvailles gestuelles – ne se privant pas de clins d’oeil à Pina Bausch et autres grandes signatures de la danse contemporaine – en pépites cocasses, le chorégraphe-danseur nous emmène sur une piste perlée de questionnements artistiques rémanents. Explorant d’innombrables possibilités de basculer son propre corps de l’espace réel du plateau vers l’espace virtuel de la vidéo, l’artiste se dédouble, se détriple, offrant à lui seul des duos ou des trios, s’amusant à créer plusieurs personnages qui se répondent, se chamaillent ou collaborent, notamment chorégraphe et danseur, ouvrant ainsi l’horizon du rire de ses « prises de tête » artistiques.
(Mélanie Drouère)

Depuis 2020, Sylvain Riéjou a également développé une version tout-terrain de Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver.

+ Dossier artistique 

Article de Léa Poiré dans Mouvement sur La Grande scène à Arles

Entretien de Marika Rizzi avec Sylvain Riéjou pour MaCulture.fr

Cactus

C’est l’histoire d’une rencontre entre Martin, universitaire coincé et enfermé dans une vie sociale et mondaine qui ne lui convient pas toujours et Stéphane, « tueur » dans un abattoir, au bord de la chute.

C’est une histoire d’amitié bien sûr mais aussi de révélation réciproque ou comment l’altérité, une fois qu’on a accepté de l’envisager, est toujours source d’apprentissage et de déplacement du regard.

C’est une histoire de chair plus que de sang, une interrogation sur cet univers complexe qu’est l’abattoir, un jeu de miroirs, troublant, entre l’homme et l’animal, entre l’homme et l’homme, entre deux mondes qu’a priori tout oppose mais qui vont se retrouver autour de la question du choix : Est-ce qu’on peut vraiment choisir sa vie ?

+ CACTUS (2021) – Dossier artistique

 

Le parlement des invisibles

« Donner la parole, rendre visible, c’est aider les personnes (…) à résister. C’est leur permettre de rassembler leur vie dans un récit qui fait sens, de l’insérer dans une histoire collective. » Pierre ROSANVALLON, in Le Parlement des Invisibles, Collection Raconter la Vie, Ed. Le Seuil.

Parallèlement à la mise en scène de Regarde les lumières mon amour, d’Annie Ernaux, Marie-Laure Crochant s’est plongée dans la foisonnante collection de textes des éditions Raconter la vie. Parmi les plus de 700 témoignages, elle en a extrait 5, avec le désir de les faire entendre hors du plateau.
Sous la forme de lectures qui associent chaque fois un binôme comédien et musicien, les témoignages se jouent au gré des invitations : bibliothèques, entreprises, cafés de théâtre, centres socio-culturels, appartements…
Prolongement poétique de l’expérience engagée avec Regarde les lumières mon amour, Le Parlement des invisibles est aussi un projet de territoire, propice à la rencontre et chaque lecture s’envisage associée à un échange avec le public et, potentiellement, la venue des auteurs.

Actuellement trois lectures sont crées et disponibles en tournée:

A l’abattoir, de Stéphane Geffroy
Jérémy Colas, comédien et Stéphane Fromentin, musicien
Stéphane travaille depuis 25 ans sur la chaîne d’abattage d’un grand groupe agro-alimentaire de l’Ouest de la France. Il est « tueur », un emploi qui en a détourné plus d’un, car il expose directement à la mort des bêtes en même temps qu’il casse les hommes. Parmi les plus anciens de son usine, Stéphane est témoin des changements mais aussi de ce qui reste, terriblement à l’identique, dans la tuerie quotidienne.

Endosser le costume, de Claire Ma.
Marie-Laure Crochant, comédienne et Stéphane Fromentin, musicien
Claire, étudiante brillante doit comme beaucoup, accepter un CDI de dix heures par semaine dans une boîte de livraison rapide de pizzas pour financer ses études. C’est le récit édifiant, tour à tour drôle et effrayant, de la jeunesse d’aujourd’hui, contrainte à une double vie si elle veut réussir dans le monde moderne. A consommer sans modération !
« La pizza que je tiens dans ma main a été commandée il y a 3 minutes. Dans 60 secondes, si elle n’est pas dans le four, le compteur apparaîtra en rouge. Il faut que je me dépêche de la valider. »

La Députée du coin, de Nathalie Nieson
Sophie Pernette, comédienne et Stéphane Fromentin, musicien
Nous pensons tout savoir sur nos députés. Il y a pourtant de nombreux invisibles à l’Assemblée. Députée de la Drôme depuis 2012, maire d’une petite ville de 10 000 habitants, Nathalie Nieson est l’une d’entre eux.
Extérieure au sérail, elle porte un regard lucide sur son travail au palais Bourbon, ses rapports avec son groupe et son parti. À travers ce récit, on prend la mesure de la marginalisation du Parlement, du déclin des partis, de la désaffection à l’égard du politique. Loin des ors de la République, Nathalie Nieson raconte, à rebours des clichés souvent associés au monde politique, le quotidien d’une femme qui tente de concilier les contraintes de la vie parlementaire parisienne avec un engagement à faire vivre la démocratie au plus près de ses concitoyens.

Regarde les lumières mon amour

Un hypermarché, avec des gens dedans. Souvent, cette femme – on l’appelle A – y va et écrit ce qu’elle y voit : un condensé de notre société, mais aussi un lieu riche en rencontres et en possibilités. Marie-Laure Crochant porte à la scène le regard à la fois subjectif et sociologique de la romancière Annie Ernaux. Parce que « voir pour écrire, c’est voir autrement ».

Cergy-Pontoise, Auchan. Pendant un an, A. tient le journal de ses visites régulières à l’hypermarché. Au fil des saisons, un lien étrange se tisse entre l’hypermarché et cette femme qui y trouve peut-être un remède à sa solitude, un trait d’union, une source d’inspiration. Son regard aiguisé, ses mots vifs révèlent son plaisir à déambuler dans ce « lieu commun » enfin digne d’être raconté. Mais aussi des questionnements sur une toute autre réalité, bien dissimulée sous l’avalanche des promotions et l’abondance généralisée.

Sur scène, aucune image de supermarché. Il sera suggéré : un mot, un son, un geste. Juste un meuble immense, la « penderie » que A. construit et déconstruit au fil des saisons. Est-on chez elle, dans un showroom où le bien-être domestique est mis en scène ou dans un espace imaginaire?

« La vie. La vraie » scande la Voix dans les étals immenses qui deviennent dans la bouche d’A. autant de scènes d’un petit théâtre aussi poétique que critique ; autant de souvenirs, intimes et collectifs où le réel et la fiction ont tendance à se confondre jusqu’au vertige. A. joue à jouer, endosse tous les rôles, se transforme, tour à tour drôle et émouvante, pour nous rendre sensible ce monde moderne et peut-être le regarder différemment.

La Réciproque poursuit avec ce spectacle son interrogation poétique et théâtrale sur la manière dont on vit, représente et rêve notre siècle. Pour voir un peu quel est son avenir.